Herboriste et apothicaire : deux métiers, une longue histoire

Découvrons la profession d’herboriste et d’apothicaire, ainsi que leurs contributions uniques à la médecine à travers les âges. Alors que l’herboriste connaît et vend les plantes médicinales en s’appuyant sur leurs usages traditionnels, l’apothicaire, ancêtre du pharmacien moderne, utilise un savoir scientifique pour formuler des médicaments.

Un peu d’histoire pour commencer

L’herboristerie, avec ses origines remontant à l’aube de la civilisation, se pratique depuis que les premiers humains ont découvert les vertus des plantes. Les premiers herboristes étaient des guérisseurs traditionnels qui utilisaient leur savoir et les propriétés des plantes pour soulager les maux de leur communauté. Parallèlement, la figure de l’apothicaire se structure au Moyen Âge : en France, les premiers statuts d’apothicaires apparaissent au XIIIe siècle dans le Midi, à Arles, Avignon et Montpellier1. Ces praticiens systématisent la fabrication de remèdes, précurseurs de nos pharmacies modernes.

Les mots eux-mêmes racontent les métiers. Apothicaire vient du bas latin apothecarius, le « magasinier, boutiquier », celui qui tient la réserve. Herboriste apparaît au XVe siècle sous la forme herboliste, « celui qui connaît les vertus médicinales des plantes », et vient du latin herbula, la « petite herbe »2.

Des chemins qui se croisent et divergent

Bien que partageant un amour commun pour l’art de guérir, les herboristes et les apothicaires jouent des rôles sensiblement différents dans le domaine de la santé. L’herboriste se concentre sur la puissance et les synergies des plantes. Il travaille souvent directement en lien avec la nature pour collecter et préparer ses remèdes, s’appuyant sur des connaissances transmises de génération en génération.
À l’opposé, l’apothicaire puise dans une large gamme de substances, pas seulement les plantes, pour composer des médicaments. Avec un pied dans la tradition et l’autre dans la science, les apothicaires d’autrefois sont les ancêtres de nos pharmaciens contemporains.

Dans cet article, nous visons à dissiper les zones d’ombre qui entourent ces deux professions. Alors que les rôles et les méthodes peuvent parfois sembler semblables, il est crucial de comprendre leurs spécificités pour apprécier pleinement leurs contributions distinctes et complémentaires à la médecine moderne.

Qui est l’herboriste ?

L’herboriste, souvent perçu comme un gardien de la tradition botanique, joue un rôle précieux dans le monde des plantes médicinales. Alliant savoir ancestral et techniques modernes, les herboristes offrent un regard complémentaire sur le bien-être au quotidien.

Un métier reconnu de 1803 à 1941

En France, la loi du 21 germinal an XI (11 avril 1803) donne aux herboristes un vrai statut : pour vendre des plantes médicinales, il faut réussir un examen dans une école de pharmacie ou devant un jury de médecine, en reconnaissant 50 plantes sèches et 50 plantes fraîches. Le métier prospère : Paris et la Seine comptent 204 herboristeries en 1805, 571 en 1860, souvent tenues par des personnes modestes, en particulier des femmes3.

À partir de 1870, une dizaine d’initiatives parlementaires soutenues par l’Association générale des pharmaciens tentent de supprimer le métier, sans succès. C’est finalement la loi du 11 septembre 1941, prise sous le régime de Vichy, qui supprime le certificat d’herboriste et confie la vente des plantes à usage thérapeutique aux pharmaciens. Le rapport du Sénat y voit l’aboutissement d’un long conflit entre une vision populaire et traditionnelle du soin par les plantes et une vision moderne et scientifique. Les quelque 4 500 herboristes diplômés peuvent exercer leur vie durant3 ; la dernière, Marie Roubieu, s’est éteinte début 2018, à 97 ans4.

Formation et qualifications

En général, la formation commence souvent par un apprentissage ou des cours dans des écoles spécialisées en herboristerie. Ces programmes peuvent durer de quelques mois à plusieurs années, abordant des sujets tels que la botanique, la pharmacognosie (l’étude des médicaments d’origine naturelle), la physiologie, la nutrition et même la réglementation. Depuis 1941, il n’existe plus de diplôme d’État : à ce jour, les formations d’herboriste ne bénéficient pas de reconnaissance officielle en France3.

Pratiques et spécialités

Les herboristes utilisent une gamme étendue de plantes et leurs différentes parties – feuilles, racines, fleurs, et graines – pour composer leurs préparations. Leur méthode de préparation peut inclure des tisanes, des extraits, des gélules, des pommades… Chaque mélange associe des plantes choisies pour se compléter.

Leur cadre est précis. Hors de la pharmacie, seules 148 plantes médicinales de la pharmacopée peuvent être vendues, chacune sous une forme donnée : en l’état, en poudre ou en extrait sec obtenu à l’eau. On y trouve des classiques comme le tilleul, la camomille romaine, la verveine odorante, le thym ou la reine-des-prés5. Quinze huiles essentielles, comme celles de grande absinthe, d’armoise, d’hysope, de sauge officinale ou de thuya, restent réservées aux pharmacies6. L’herboriste parle des plantes et de leurs usages traditionnels, mais il ne pose pas de diagnostic et ne présente pas une plante comme un traitement3.

Certains herboristes se spécialisent dans des domaines particuliers. D’autres peuvent se concentrer sur des niches comme l’aromathérapie, la cosmétique naturelle, ou la cueillette et la culture, comme les paysans-herboristes.

Dans le fond, l’herboriste moderne est à la fois un expert en botanique et un passeur de savoir, armé d’un savoir ancestral adapté aux besoins contemporains. Cette synthèse unique de tradition et de science fait de l’herboristerie un savoir de plus en plus recherché.

Qui est l’apothicaire ?

Dans l’imaginaire collectif, l’apothicaire évoque souvent des étagères remplies de bocaux mystérieux et des potions concoctées dans des arrière-boutiques obscures. Mais derrière cette image se cache une profession riche en savoirs et en compétences, dont le rôle s’est adapté et a évolué avec la médecine moderne.

Formation et qualifications

Historiquement, la formation de l’apothicaire passait par l’apprentissage chez un maître, au sein de la corporation des apothicaires : techniques de préparation des médicaments, gestion des stocks de substances médicinales, et bases de la chimie et de la pharmacologie.

À Paris, apothicaires et épiciers ont longtemps formé une seule communauté. La déclaration royale du 25 avril 1777 les sépare : elle crée un Collège de pharmacie, le titre de maître en pharmacie et un enseignement officiel, installé rue de l’Arbalète avec son jardin botanique7. Pendant la Révolution, le mot « apothicaire » cède la place à « pharmacien », et la loi de 1803 organise la formation pour toute la France1.

Aujourd’hui, cette profession est largement assimilée à celle du pharmacien. En France, devenir pharmacien nécessite de suivre un cursus universitaire de six à neuf ans selon la filière, incluant des études en biochimie, physiologie, pharmacologie, ainsi que des stages pratiques8. Ces programmes sont beaucoup plus réglementés que ceux de l’herboristerie : il faut le diplôme d’État de docteur en pharmacie, puis l’inscription à l’Ordre des pharmaciens, pour pratiquer.

Rôle et responsabilités

Le rôle de l’apothicaire a traversé les siècles, se transformant profondément avec l’avènement de la science moderne. À l’origine, l’apothicaire préparait et vendait des médicaments à partir de substances naturelles et inorganiques, et conseillait les clients sur les traitements. Dès 1777, la vente des médicaments est réservée aux membres du Collège de pharmacie1.

Avec le développement de la pharmacie moderne, ces responsabilités se sont précisées et élargies. Les apothicaires, désormais pharmaciens, sont des experts en médicaments, responsables de la formulation, la conservation, et la distribution sécurisée des médicaments. Ils jouent un rôle essentiel dans le système de santé, en assurant l’efficacité et la sécurité des traitements médicamenteux. Ils offrent également des conseils sur la prise de médicaments, les interactions possibles et les effets secondaires.

Leur rôle s’étend également à la santé publique, où ils participent à des campagnes de prévention, à la vaccination, et à la sensibilisation sur des questions de santé. Le pharmacien moderne est donc un intermédiaire crucial entre le médecin et le patient, garantissant que la médication prescrite soutient efficacement le parcours de soin du patient tout en minimisant les risques.

Les pharmaciens gardent aussi un lien fort avec les plantes : en France, la vente des plantes médicinales inscrites à la pharmacopée leur est réservée, à l’exception des 148 plantes en vente libre évoquées plus haut5.

En somme, si l’herboriste et l’apothicaire partagent un même souci de la santé des populations, leurs rôles dans le paysage médical moderne divergent considérablement, tant en termes de formation que de pratiques. Ces distinctions mettent en lumière la complémentarité des savoirs traditionnels et scientifiques.

Points de convergence et divergences – Herboriste vs Apothicaire

Explorons maintenant les philosophies sous-jacentes qui marquent à la fois les points communs et les différences entre herboristes et apothicaires. Ces aspects révèlent non seulement la spécificité de chaque profession mais également la manière dont elles peuvent se compléter.

Deux façons de prendre soin

Les philosophies de soin de l’herboriste et de l’apothicaire modernes diffèrent également.

Herboristes : Leur philosophie est ancrée dans une vision globale de la personne. Ils conseillent pour le bien-être, sans prétendre soigner, souvent par des moyens naturels et en intégrant des aspects de la vie quotidienne comme l’alimentation et le bien-être mental.

Apothicaires/Pharmaciens : Avec un fondement en sciences biomédicales, les pharmaciens considèrent la santé d’une manière plus scientifique et ciblée. Leur intervention se concentre sur le traitement ou le contrôle de pathologies spécifiques, souvent par des substances synthétiques ou hautement réglementées, et moins sur les facteurs de style de vie, sauf en ce qui concerne la gestion des effets secondaires ou des interactions médicamenteuses.

L’herboristerie et la pharmacie peuvent offrir des complémentarités. L’herboristerie apporte une dimension personnalisée et attentive au quotidien, tandis que la pharmacie assure l’efficacité et la sécurité des traitements dans des cadres cliniques rigoureux. Si vous suivez un traitement, parlez des plantes que vous prenez à votre médecin ou à votre pharmacien : certaines peuvent interagir avec des médicaments.

Des plantes devenues médicaments

Les plantes médicinales, élément central de la pratique des herboristes, ont inspiré certains médicaments. Plusieurs médicaments de la pharmacopée moderne trouvent leurs racines dans des plantes médicinales. L’exemple le plus célèbre est l’aspirine :

  • L’aspirine : son nom rend hommage à la reine-des-prés, autrefois appelée Spiraea ulmaria (« a » pour acétyle, « spir » pour la spirée). L’acide acétylsalicylique pur est obtenu en 1897 chez Bayer, et la marque Aspirin est déposée le 6 mars 18999.

Le chemin de la plante au médicament passe par la chimie et des années de recherche. Une tisane de reine-des-prés n’est donc pas un cachet d’aspirine.

Et ailleurs dans le monde ?

L’intégration des pratiques traditionnelles propre à l’herboristerie varie considérablement d’un pays à l’autre. Le Sénat, qui a comparé huit pays en 2018, constate que le statut des herboristes reste souvent flou : c’est en grande partie la profession qui s’organise elle-même. En Allemagne, les herboristes se rapprochent des Heilpraktiker (des praticiens de santé non médecins, encadrés par une loi de 1939) ; aux Pays-Bas, la vente des produits à base de plantes relève des drogisten (des commerçants formés, qui vendent médicaments sans ordonnance, compléments alimentaires et produits diététiques) ; la Belgique a mis en place une formation d’herboriste homologuée par l’État3.

Cependant, dans d’autres pays, comme en France, les herboristes opèrent souvent en marge de la médecine conventionnelle, avec peu de reconnaissance officielle ou d’intégration. Cela soulève des discussions sur la nécessité d’une réglementation plus cohérente et d’une validation scientifique des remèdes à base de plantes, pour assurer leur sécurité et leur efficacité. La mission d’information du Sénat de 2018 a ouvert le débat sur la reconnaissance du métier, sans trouver de consensus3 ; en juin 2025, le gouvernement a répondu qu’il n’envisageait pas de rétablir le diplôme d’herboriste10.

Conclusion

Après avoir exploré les rôles et pratiques de l’herboriste et de l’apothicaire, il est clair que ces deux figures historiques occupent toujours des places clés dans le paysage contemporain. Chacun apporte une perspective unique et complémentaire à la médecine, enrichie par des siècles de tradition et d’innovation.

Les herboristes, avec leur approche attentive à la personne, se concentrent sur l’utilisation des plantes et des remèdes naturels pour accompagner l’individu dans sa globalité, au quotidien, sans prétendre soigner.

À l’opposé, les apothicaires, devenus pharmaciens, s’appuient sur une formation scientifique rigoureuse pour manipuler une large gamme de substances, créant des médicaments qui sont essentiels dans la médecine contemporaine. Leur travail, précis et réglementé, assure la sécurité et l’efficacité des traitements pharmaceutiques.

Ces professions, bien que distinctes dans leurs pratiques et philosophies, se complètent en apportant chacune une contribution essentielle à la santé de chacun, démontrant ainsi l’importance de préserver et de faire coexister les savoirs traditionnels et scientifiques.

C’est cet esprit que nous faisons vivre chez Herborisia, dans notre boutique du 35 rue du Faubourg Saint-Denis, à Paris, et en ligne avec nos plantes médicinales en vrac.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un apothicaire ?

C’est l’ancien nom du pharmacien : celui qui préparait et vendait les remèdes. Le mot a disparu au profit de « pharmacien » pendant la Révolution.

Comment devenir apothicaire aujourd’hui ?

En devenant pharmacien : six à neuf ans d’études de pharmacie, le diplôme d’État de docteur en pharmacie, puis l’inscription à l’Ordre des pharmaciens.

Le métier d’apothicaire existe-t-il encore ?

Pas sous ce nom. Le mot évoque aujourd’hui surtout l’histoire, les pots à pharmacie et l’esprit des anciennes officines. La profession réglementée est celle de pharmacien.

Où trouver un herboriste à Paris ?

Plusieurs herboristeries existent à Paris. Herborisia vous accueille au 35 rue du Faubourg Saint-Denis, dans le 10e arrondissement (voir la page Contact).

Sources

  1. Ordre national des pharmaciens, « L’Ordre et son histoire », ordre.pharmacien.fr. ↩︎
  2. CNRTL, Trésor de la langue française, étymologies d’« apothicaire » et d’« herboriste ». ↩︎
  3. Sénat, rapport d’information n° 727 (2017-2018) de Mme Corinne Imbert et M. Joël Labbé, « Les plantes médicinales et l’herboristerie : à la croisée de savoirs ancestraux et d’enjeux d’avenir », 25 septembre 2018, p. 19-21, 77-78, 95-105 et 282, senat.fr. ↩︎
  4. Rudy Bancquart, « Plantes médicinales : les pharmaciens en guerre contre les herboristes », Allo Docteurs (France Télévisions), allodocteurs.fr. ↩︎
  5. Code de la santé publique, articles L. 4211-1 (5°) et D. 4211-11 (liste des plantes libérées, issue du décret n° 2008-841 du 22 août 2008), Légifrance. ↩︎
  6. Code de la santé publique, article D. 4211-13, version issue du décret n° 2007-1198 du 3 août 2007, Légifrance. ↩︎
  7. Olivier Lafont, Revue d’histoire de la pharmacie, n° 388, 2015, p. 461, BIU Santé ; date du 25 avril 1777 : Centre de recherche du château de Versailles, relevés de la série Y (Archives nationales), chateauversailles-recherche.fr. ↩︎
  8. Université Paris Cité, « Diplôme d’État de docteur en pharmacie », odf.u-paris.fr. ↩︎
  9. Bibliothèque médicale de l’université de Münster, « Heute vor 125 Jahren : Aspirin wird zum Patent angemeldet », uni-muenster.de. ↩︎
  10. Sénat, question écrite n° 02591 de Mme Anne Ventalon et réponse du ministère chargé de la santé, JO Sénat du 26 juin 2025, p. 3687, senat.fr. ↩︎