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Le cannabidiol (CBD) n’est pas interdit aux sportifs, même en compétition. La liste des interdictions de l’Agence mondiale antidopage (AMA) l’exclut expressément de la rubrique des cannabinoïdes1, et ce depuis le 1er janvier 20182.
Cette autorisation ne vaut que pour la molécule de CBD. Le THC, lui, reste interdit en compétition, comme la plupart des autres cannabinoïdes. Or un produit au CBD peut en contenir. Pour un sportif contrôlé, le risque vient donc moins du CBD que de la composition réelle du produit. Côté effets, la recherche chez les sportifs en est à ses débuts.
Oui. La liste des interdictions 2026 de l’AMA, en vigueur depuis le 1er janvier 2026, classe les cannabinoïdes dans la rubrique S8. Elle indique que « tous les cannabinoïdes naturels et synthétiques sont interdits », puis prévoit une seule exception : le cannabidiol1. L’AMA le confirme dans sa foire aux questions : « Le CBD n’est pas interdit »3. L’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) reprend la même règle pour les sportifs en France4.
Cette liste s’applique dans tous les pays et à toutes les organisations signataires du Code mondial antidopage4. En France, l’AFLD peut contrôler « tout sportif, licencié ou non, évoluant en France », ainsi que tout sportif français évoluant à l’étranger, en compétition comme hors compétition4.
Le THC (tétrahydrocannabinol), la molécule psychotrope du cannabis, est interdit en compétition1. En principe, la période de compétition commence à 23 h 59 la veille d’une compétition à laquelle le sportif doit participer. Elle se termine à la fin de cette compétition et du processus de prélèvement1.
Un usage la veille ou plusieurs jours avant peut pourtant poser problème. L’AFLD rappelle que lors d’un contrôle, « c’est la présence de substance dans l’organisme qui prime et non le moment de la prise ». Après l’arrêt du cannabis, l’élimination dans l’urine se poursuit pendant plusieurs semaines4.
Pour le THC, les laboratoires mesurent dans l’urine son métabolite, le carboxy-THC. Le seuil est fixé à 150 ng/mL et la limite de décision à 180 ng/mL. Un résultat n’est déclaré positif que s’il dépasse cette limite, qui tient compte de l’incertitude de mesure. Ces valeurs restent identiques dans le document technique qui s’appliquera à partir du 1er janvier 20275.
En cas de contrôle positif au cannabis en compétition, l’AFLD mentionne notamment une suspension pouvant aller jusqu’à 2 ans, l’annulation des résultats individuels, une sanction financière et la publication de la décision4.
Le Code mondial antidopage prévoit un régime particulier pour les « substances d’abus », dont fait partie le THC. Dans le Code en vigueur jusqu’au 31 décembre 2026, si le sportif établit que l’usage a eu lieu hors compétition et sans rapport avec la performance sportive, la suspension est de trois mois. Elle peut être ramenée à un mois s’il suit jusqu’au bout un programme de traitement approuvé. Le Code 2027, applicable au 1er janvier 2027, fixe cette suspension à deux mois pour une première violation. Si l’usage a eu lieu en compétition, sans rapport avec la performance, la suspension va de six mois à deux ans selon les circonstances6. Dans tous les cas, c’est au sportif d’apporter la preuve de ces circonstances.
En 2026, l’exception ne vise que le cannabidiol. Les autres cannabinoïdes naturels du chanvre, comme le CBG (cannabigérol) ou le CBN (cannabinol), restent donc soumis à l’interdiction générale en compétition1. L’AFLD prévient que certains produits à base de CBD peuvent contenir d’autres cannabinoïdes, naturels ou synthétiques, interdits en compétition4. Dans le document technique de l’AMA, seul le carboxy-THC fait l’objet d’un seuil pour la rubrique des cannabinoïdes5.
Une étude publiée en 2026 illustre ce risque. Trente et une personnes ont pris chaque jour, pendant dix semaines, un produit au CBD dit « à large spectre », contenant des traces d’autres cannabinoïdes. Aucune trace de THC n’a été retrouvée. En revanche, le CBG et le CBDV (cannabidivarine) ont été détectés dans 42 % et 68 % des échantillons d’urine prélevés avant un effort. Ces proportions passaient à 74 % et 84 % dans les échantillons prélevés après 90 minutes d’exercice. Les auteurs concluent que les sportifs devraient éviter ce type de produit7.
Les cannabinoïdes de synthèse ou transformés, comme le HHC, sont eux aussi interdits en compétition1. En France, plusieurs d’entre eux sont en outre classés comme stupéfiants : voir H4CBD interdit en France.
L’AMA a publié sa liste 2027, approuvée par son comité exécutif le 10 septembre 20268. La rubrique S8 est réécrite. La phrase « tous les cannabinoïdes naturels et synthétiques sont interdits » est supprimée. La liste interdit désormais les THC, ainsi que les cannabinoïdes semi-synthétiques et synthétiques « qui imitent les effets du Δ9-THC ». Elle cite en exemple le delta-8-THC, le delta-10-THC et le HHC. L’interdiction reste limitée à la période de compétition8.
La liste 2027 précise que « le cannabidiol (CBD) n’est pas interdit ». L’AMA ajoute dans ses notes explicatives que le CBD extrait de plantes de cannabis peut contenir des concentrations variables de THC, « qui demeure une substance interdite »8. La nouvelle rubrique ne cite ni le CBG ni le CBN, et les notes explicatives de l’AMA n’en parlent pas8. Le texte ne dit donc pas expressément s’ils restent visés : seuls sont nommés les THC et les cannabinoïdes qui imitent les effets du Δ9-THC. En cas de doute, la liste en vigueur au moment de la compétition et l’AFLD font foi.
L’AMA prévient que certaines huiles et teintures de CBD extraites du cannabis « peuvent également contenir du THC qui pourrait entraîner un test positif »3. Elle précise aussi que tout produit contenant des cannabinoïdes interdits, aliments et boissons compris, est lui-même interdit3.
En France, les produits au CBD peuvent contenir jusqu’à 0,3 % de THC (voir Taux de THC autorisé en France et en Europe : la règle des 0,3 %). Ce seuil est une limite de mise sur le marché, pas une garantie pour un contrôle antidopage. Certains produits le dépassent même : une étude financée par la MILDECA a analysé 248 produits au CBD achetés en France, et 30 contenaient plus de 0,3 % de THC9. Cette étude a aussi retrouvé, dans plus de 4 % des produits, des cannabinoïdes transformés classés comme stupéfiants9.
Une étude américaine sur 18 adultes s’est intéressée à l’inhalation. Le CBD pur ne s’est pas transformé en THC dans l’organisme. En revanche, après une seule administration de vapeur de chanvre riche en CBD contenant un peu de THC, trois participants ont fourni des urines contenant du carboxy-THC au-dessus de 15 ng/mL, entre 3 et 9 heures environ après la prise. La concentration la plus élevée relevée était de 29,9 ng/mL10. Le seuil de 15 ng/mL, utilisé pour les tests de dépistage au travail aux États-Unis, est dix fois plus bas que celui de l’AMA. L’étude ne portait que sur une prise unique : elle ne renseigne pas sur un usage répété. Elle montre qu’un produit contenant du THC laisse des traces mesurables dans l’urine, et l’AFLD rappelle que l’élimination du THC se poursuit pendant plusieurs semaines après l’arrêt4.
L’AFLD ne peut donner « aucune certitude ni garantie » sur la fabrication des produits cosmétiques ou des compléments alimentaires4. Plusieurs éléments limitent ce qu’un sportif peut savoir de la composition d’un produit :
Aucun produit du commerce au CBD n’est donc garanti sans risque lors d’un contrôle.
Ces mentions décrivent la composition d’un extrait de chanvre. Un extrait « spectre complet » conserve les cannabinoïdes et les terpènes de la plante, THC compris. Un extrait « large spectre » contient d’autres cannabinoïdes que le CBD, mais pas de THC11. Un « isolat » contient plus de 95 % de CBD12. Ces termes n’ont pas de définition harmonisée. Une analyse de 202 produits vendus aux États-Unis a montré que 26 % ne correspondaient pas au type annoncé : seuls 57 % des produits présentés comme des isolats répondaient à la définition, et trois produits « large spectre » contenaient du THC. Les auteurs demandent des définitions communes à toute la filière12. Un produit « large spectre » peut aussi exposer à d’autres cannabinoïdes interdits en compétition en 2026, comme l’a montré l’étude citée plus haut7.
Pour comprendre les teneurs affichées sur les produits, consultez La vérité sur le taux de CBD des fleurs de chanvre.
Une enquête publiée en 2020 a interrogé 517 joueurs de rugby professionnels, issus de 25 équipes. Parmi eux, 26 % avaient déjà utilisé du CBD ou en utilisaient encore, et jusqu’à 41 % chez les joueurs de 28 ans et plus. Ils citaient surtout la récupération et la douleur (80 %) et le sommeil (78 %). Ils s’informaient principalement sur Internet (73 %) ou auprès d’un coéquipier (61 %), et seuls 16 % avaient consulté un nutritionniste. Les auteurs soulignent le besoin d’informer les joueurs sur les risques liés au CBD13.
Les études présentées ici ont presque toutes utilisé du CBD pris par voie orale. En France, les denrées alimentaires contenant du CBD (huiles à avaler, gélules, boissons…) ne sont pas autorisées à la vente : voir CBD alimentaire interdit depuis le 15 mai 2026.
Une revue publiée en 2020 dans Sports Medicine – Open a fait le point sur les effets du CBD qui pourraient intéresser le sport. Ses auteurs constatent que les études portant directement sur le CBD et la performance sportive font défaut. Leurs données viennent donc d’études chez l’animal et de quelques essais menés chez des personnes non sportives14.
Leur conclusion : ces résultats sont « très préliminaires », parfois contradictoires, et des essais rigoureux chez les sportifs sont nécessaires14.
Depuis 2021, quelques essais ont été menés chez des personnes en bonne santé et physiquement actives. Une revue systématique publiée en 2024 en a retenu sept15. Elle relève un effet positif limité sur certains paramètres, comme la consommation d’oxygène ou la puissance moyenne. Elle ne trouve pas d’effet sur la force (sauts, développé couché, squat) ni sur la récupération après l’effort. Ces essais portent sur de petits effectifs, avec des protocoles très différents.
D’autres essais précisent le tableau :
En résumé, aucune étude ne permet aujourd’hui d’affirmer que le CBD améliore la récupération ou la performance d’un sportif.
Le stress de compétition, le sommeil et la douleur sont les autres raisons citées par les sportifs. Ces sujets sont traités en détail dans nos articles CBD, stress et anxiété, CBD et troubles du sommeil et CBD et douleur.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a conclu en 2018 que, chez l’humain, le CBD ne présente « aucun effet indiquant un potentiel d’abus ou de dépendance »18. Ce n’est pas pour autant une substance neutre : il agit sur l’organisme et peut interagir avec des médicaments.
Les données les plus précises viennent de l’Epidyolex, un médicament à base de cannabidiol soumis à prescription médicale restreinte, utilisé dans certaines épilepsies. Son résumé des caractéristiques signale19 :
Ces données concernent un médicament pris à doses élevées, sous surveillance médicale. Chez 17 sportifs entraînés, une prise orale bien plus faible pendant sept jours n’a pas montré de signe de toxicité pour le foie. Les auteurs notent toutefois un effet du CBD sur l’activité du foie, même à faible dose, et n’excluent pas d’effets indésirables chez des personnes sensibles20.
Si vous suivez un traitement, anti-inflammatoire ou antidouleur compris, parlez de votre usage de CBD à votre médecin ou à votre pharmacien. Ne modifiez et n’arrêtez jamais un traitement sans avis médical. En cas de somnolence, évitez de conduire : voir CBD et conduite.
Pour les cosmétiques au CBD appliqués sur la peau (voir notre rayon corps et cosmétiques au CBD), aucune étude ne démontre d’intérêt pour la récupération sportive. L’AFLD ne garantit pas non plus leur composition4. Une étude américaine a suivi 46 adultes utilisant pendant neuf jours des crèmes, lotions, baumes, gels ou patchs au CBD contenant un peu de THC. Le CBD a traversé la peau pour trois des cinq produits. Aucun échantillon d’urine n’a été positif au cannabis selon les critères américains du dépistage au travail, mais neuf participants présentaient du THC dans la salive au-dessus du seuil de ces tests21. Aucune étude n’a été trouvée sur des contrôles antidopage après usage d’un cosmétique au CBD.
Jusqu’en 2017, le cannabidiol figurait dans la rubrique S8 des cannabinoïdes interdits en compétition. L’AMA l’a retiré de la liste au 1er janvier 2018, tout en prévenant que le CBD extrait du cannabis pouvait contenir du THC, qui restait interdit2. Les autres cannabinoïdes naturels sont restés interdits en compétition : la liste 2026 le prévoit encore1. La liste 2027, applicable au 1er janvier 2027, a recentré l’interdiction sur le THC et les cannabinoïdes qui en imitent les effets8.
Rien ne le démontre. Les premiers essais chez des personnes actives montrent au mieux des effets limités, sur de petits groupes, et aucun effet sur la force ou la récupération15.