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En France, le taux de THC autorisé est de 0,3 % au maximum. Ce seuil vaut pour les variétés de chanvre cultivées, leurs extraits et les produits qui en contiennent1. Il correspond à la règle européenne, applicable depuis le 1er janvier 20232.
Le THC (delta-9-tétrahydrocannabinol) est la molécule psychotrope du cannabis. Cet article fait le point sur la réglementation, ses effets concrets et les évolutions en discussion.
Le cadre est fixé par l’arrêté du 30 décembre 20211. Il autorise la culture, l’importation, l’exportation et l’utilisation industrielle et commerciale des seules variétés de chanvre (Cannabis sativa L.) qui remplissent deux conditions :
L’arrêté pose aussi d’autres conditions :
L’arrêté interdisait aussi de vendre aux consommateurs des fleurs et des feuilles brutes. Le Conseil d’État a annulé cette interdiction le 29 décembre 20224. Il a rappelé que ce taux « n’est pas un seuil d’innocuité ». Mais aucun élément ne montrait que les fleurs et les feuilles sous cette limite présentaient des risques justifiant une interdiction générale et absolue. Les fleurs de chanvre issues de variétés autorisées peuvent donc être vendues en France.
Au niveau européen, le seuil de 0,3 % est fixé par la Politique agricole commune (PAC) 2023-2027 : les surfaces de chanvre n’ouvrent droit aux aides de la PAC que si les variétés cultivées ont une teneur en THC n’excédant pas 0,3 %2. L’Union ne fixe donc pas de limite légale générale : elle réserve ses aides agricoles aux variétés sous ce seuil, que les États membres, dont la France, ont repris dans leurs propres règles.
Le droit international des stupéfiants laisse le chanvre industriel de côté. La Convention unique des Nations unies sur les stupéfiants de 1961 classe le cannabis parmi les stupéfiants, mais elle « ne s’appliquera pas à la culture de la plante de cannabis exclusivement à des fins industrielles (fibres et graines) ou pour des buts horticulturaux »5. En Europe, le chanvre relève donc d’abord de la politique agricole : une aide de la PAC le soutient depuis 19706.
C’est par cette aide que l’Union a pris en compte le risque lié aux stupéfiants. En 1982, invoquant « le recours croissant aux stupéfiants dans la Communauté », elle a réservé cette aide aux variétés « donnant des garanties suffisantes pour la santé humaine », puis a dressé la liste de ces variétés selon leur teneur en THC6. En 2003, la Cour de justice a jugé que ces risques avaient « précisément été pris en compte » par le régime agricole. La Suède ne pouvait donc pas interdire la culture d’un chanvre industriel conforme à ce régime6.
Le droit des stupéfiants continue pourtant de s’appliquer. En France, le code de la santé publique interdit la culture, la détention et la vente du cannabis, de sa plante et des produits qui en sont issus7. L’arrêté de 2021, signé par les ministres de la santé, de l’agriculture, des comptes publics et de l’industrie, autorise par exception le chanvre et ses produits à 0,3 % de THC au plus1. Quant au CBD, la Cour de justice a jugé en 2020 qu’il n’est pas un produit agricole au sens des traités. Comme il ne comporte pas de principe psychoactif en l’état des connaissances, ce n’est pas non plus un stupéfiant au sens de la Convention de 19618.
La même limite s’applique aux importations. Depuis le 1er janvier 2023, le chanvre brut et les semences de chanvre destinées à l’ensemencement importés dans l’Union ne doivent pas dépasser 0,3 % de THC9.
Un État peut-il autoriser davantage ? Oui. La Commission européenne précise que les États membres doivent veiller à ce que leur limite nationale de THC ne soit pas inférieure à 0,3 %10. Ils peuvent en revanche autoriser plus : une variété qui dépasse 0,3 % deux années de suite ne donne simplement plus droit aux aides de la PAC11. La République tchèque, par exemple, admet depuis le 1er janvier 2022 jusqu’à 1 % de THC pour le chanvre dit technique12. En France, la limite reste de 0,3 %, et un produit vendu en France doit la respecter, quel que soit son pays d’origine. Le droit européen l’admet sous conditions : selon la Cour de justice, un État peut restreindre la vente d’un produit au CBD légalement fabriqué dans un autre État membre si cette mesure est nécessaire à la protection de la santé publique et proportionnée à cet objectif8.
L’arrêté de 2021 décrit une méthode officielle de mesure1. Lors d’un contrôle courant, on prélève sur 50 plantes d’une parcelle un segment de 30 cm comportant au moins une fleur femelle. Le prélèvement a lieu entre le 20e jour après le début de la floraison et le 10e jour après sa fin. Les échantillons sont séchés, broyés, puis analysés par chromatographie en phase gazeuse, une technique d’analyse en laboratoire. Si un nombre significatif d’échantillons dépasse la limite, une procédure renforcée porte sur 200 plantes. Le résultat est exprimé en grammes de delta-9-THC pour 100 grammes d’échantillon séché, avec une tolérance de 0,03 %.
Cette méthode concerne les plantes au champ. Pour une huile, une résine ou un e-liquide, la limite de 0,3 % s’applique au produit lui-même, mais l’arrêté ne prévoit pas de méthode de mesure propre aux produits finis. Il confie son application aux administrations de la santé, de l’alimentation, des entreprises et des douanes1.
Les fleurs, les résines et les autres produits au CBD doivent provenir de variétés autorisées et ne pas dépasser 0,3 % de THC. Au-delà, un produit est considéré comme un stupéfiant et il est interdit3. Le code pénal punit la détention, l’offre ou la cession illicites de stupéfiants de dix ans d’emprisonnement et de 7 500 000 euros d’amende13.
Le risque existe sur le marché. Une étude d’addictovigilance financée par la MILDECA, publiée en décembre 2023, a analysé 248 produits au CBD achetés en France : 30 dépassaient 0,3 % de THC, avec des teneurs de 0,4 à 1,2 %, surtout parmi les fleurs, les résines, les pollens et les e-liquides14. Avant d’acheter, demandez le certificat d’analyse du produit : il indique sa teneur en CBD et en THC. Pour comprendre les taux de CBD affichés et leurs limites, consultez notre article La vérité sur le taux de CBD des fleurs de chanvre.
Le THCA, la forme acide du THC présente naturellement dans la plante, n’est pas classé comme stupéfiant tant que la teneur en THC respecte la limite de 0,3 % fixée par l’arrêté de 202115. Mais il compte dans cette limite : le THCA se transforme en THC sous l’effet de la chaleur, et la méthode officielle, qui chauffe les échantillons, mesure la teneur totale en THC, qu’il soit présent sous forme de THC ou de THCA16. Un produit riche en THCA peut donc dépasser la limite. Dans l’étude de 2023, 21 % des produits auraient dépassé 0,3 % si l’on additionnait THC et THCA14. En revanche, des molécules transformées comme le HHC ou le H4CBD sont classées comme stupéfiants, quelle que soit leur teneur en THC (voir H4CBD interdit en France).
Respecter la limite de THC ne suffit pas toujours : depuis le 15 mai 2026, les produits alimentaires au CBD ne peuvent plus être vendus en France (voir CBD alimentaire interdit en France).
Un produit à 0,3 % de THC au maximum n’est pas un produit sans THC. Ce THC peut rester détectable dans l’organisme, et la conduite est sanctionnée dès qu’un dépistage en révèle la présence, même s’il provient d’un produit au CBD légal (voir Peut-on conduire après avoir consommé du CBD ?).
Le cadre européen pourrait évoluer, mais rien n’est encore adopté.
Nous mettrons cet article à jour dès qu’une de ces évolutions sera adoptée.
En 1982, l’aide européenne au chanvre, créée en 1970, a été réservée aux variétés offrant des garanties sur leur teneur en « substances inébriantes »6. En 1998, l’Union a décidé d’abaisser le seuil de 0,3 % à 0,2 % de THC à partir de la campagne agricole 2001/2002, « afin de renforcer les mesures garantissant que les superficies faisant l’objet de l’aide à la production ne peuvent pas être utilisées pour une culture illicite »2021.
En France, l’arrêté du 24 février 2004 a fixé la limite à 0,2 % et réservé l’utilisation du chanvre aux fibres et aux graines22. Ce cadre est resté en place jusqu’à l’arrêté du 30 décembre 2021.
En octobre 2020, lors de l’examen de la réforme de la PAC, le Parlement européen s’est prononcé pour un retour à 0,3 %. La réforme, adoptée le 2 décembre 2021, justifie ce retour par la volonté de « préserver la santé publique et de garantir la cohérence avec les autres dispositions législatives »2. Elle s’applique depuis le 1er janvier 2023. La France a anticipé ce changement avec l’arrêté du 30 décembre 2021, qui a aussi ouvert la culture aux fleurs et aux feuilles.
0,3 % de THC au maximum, pour les variétés de chanvre cultivées comme pour leurs extraits et les produits qui en contiennent.
Oui, jusqu’à 0,3 %. Ce THC peut être détecté lors d’un dépistage, notamment au volant.
Non. 0,3 % est le seuil des aides de la PAC et des importations dans l’Union, mais c’est un minimum pour les règles nationales : chaque État peut autoriser davantage, comme la République tchèque (1 %). Chaque État encadre aussi les usages, ce qui explique d’autres différences, comme l’interdiction des fleurs en Italie.
Oui. Un État ne peut pas fixer une limite inférieure à 0,3 %, mais il peut en fixer une plus élevée. Les cultures qui dépassent 0,3 % n’ont alors plus droit aux aides de la PAC. En France, la limite est de 0,3 %, y compris pour les produits importés d’un pays plus permissif.