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De nombreuses personnes atteintes d’arthrite ou d’arthrose s’interrogent sur le CBD (cannabidiol), l’un des principaux composés du chanvre. Les résultats obtenus en laboratoire et chez l’animal ont suscité de grands espoirs. Les essais menés chez l’humain sont nettement moins encourageants. Voici ce que montrent les études, avec leurs limites, et les précautions à connaître.
Les deux mots sont souvent confondus. Ils désignent pourtant des maladies différentes.
La polyarthrite rhumatoïde est la plus connue des arthrites chroniques. Le système immunitaire s’attaque à la membrane synoviale, qui s’enflamme. Cette inflammation finit par détruire le cartilage et l’os. Elle touche entre 0,5 et 1 % des adultes. Elle se traite par des médicaments dits « de fond », qui freinent l’évolution de la maladie. Le premier prescrit est presque toujours le méthotrexate3.
Cette distinction compte : les études sur le CBD portent sur des maladies différentes (arthrose du genou ou de la main, polyarthrite rhumatoïde, rhumatisme psoriasique) et leurs résultats ne sont pas interchangeables.
Le CBD est l’un des principaux cannabinoïdes du chanvre, avec le THC. La Cour de justice de l’Union européenne a jugé en 2020 qu’en l’état des connaissances, il ne comporte pas de principe psychoactif et n’est pas un stupéfiant4.
L’intérêt des chercheurs vient en partie du système endocannabinoïde, un ensemble de récepteurs et de molécules produites par l’organisme. Le premier récepteur cannabinoïde, CB1, a été identifié en 1990 par une équipe des Instituts nationaux de la santé mentale américains5. En 1992, l’équipe du chimiste israélien Raphaël Mechoulam, à Jérusalem, a isolé l’anandamide, la première molécule produite par le corps qui se fixe sur ce récepteur6.
Ce système intervient notamment dans l’inflammation et la douleur. Dans la polyarthrite rhumatoïde, une revue de 2019 estime que les cannabinoïdes pourraient avoir un intérêt, à condition de cibler les bons récepteurs au bon endroit. Elle évoque des pistes, comme l’association de plusieurs molécules dont le CBD, sans données cliniques pour les confirmer7. Les mécanismes avancés pour expliquer un effet du CBD sur la douleur sont détaillés dans notre article Le CBD contre la douleur.
On cite parfois une étude de l’Institut du cerveau (ICM, Paris) publiée en 2020 dans la revue Glia. Elle a montré que le CBD réduisait la réaction inflammatoire de cellules immunitaires du cerveau de souris, en culture. Elle ne porte ni sur les articulations ni sur l’arthrite11.
Ces travaux sont utiles pour comprendre des mécanismes possibles. Mais des résultats obtenus sur des cellules ou chez le rat ne se transposent pas directement à l’humain. Les essais cliniques le montrent.
En 2006, un essai britannique randomisé en double aveugle a porté sur 58 patients atteints de polyarthrite rhumatoïde : 31 ont reçu pendant cinq semaines le Sativex, un spray buccal associant THC et CBD, et 27 un placebo. Le traitement a amélioré la douleur, au mouvement comme au repos, ainsi que la qualité du sommeil. Il a aussi diminué l’activité de la maladie. Les effets indésirables étaient le plus souvent légers ou modérés12. Cet essai ne dit rien du CBD seul, puisque le produit contenait aussi du THC.
Ces deux essais sont plus grands et mieux conçus que les études antérieures. Dans un commentaire publié avec l’essai autrichien, trois spécialistes de la douleur rappellent que les essais sur le CBD contre la douleur avaient été critiqués pour leur petite taille ou leurs doses trop faibles. Cet essai a justement testé une dose élevée. Ils concluent que le CBD ne peut pas être recommandé pour les douleurs musculaires et articulaires comme celles de l’arthrose15.
En 2022, un essai américain a testé une crème au CBD sur l’arthrose de la base du pouce. Il a inclus 18 patients, qui ont chacun utilisé deux crèmes sans savoir laquelle contenait le CBD : la crème au CBD et une crème au beurre de karité seul. Chaque crème était utilisée deux fois par jour pendant deux semaines, dans un ordre ou dans l’autre, avec une semaine de pause entre les deux. Avec la crème au CBD, les patients ont rapporté moins de douleur et de gêne. La mobilité et la force de la main n’ont pas changé. Aucun effet indésirable n’a été observé16.
Ce résultat est intéressant, mais il repose sur très peu de patients, sur une période courte et sur une seule articulation. Il demande à être confirmé par des essais plus grands.
Aucun essai contrôlé publié n’a évalué le CBD inhalé ou fumé dans l’arthrite ou l’arthrose. Une revue de 2016 sur les cannabinoïdes dans les maladies rhumatismales n’avait trouvé aucune étude portant sur le cannabis sous forme de plante17. Les fleurs de chanvre posent en outre la question de la fiabilité des taux de CBD affichés, détaillée dans notre article La vérité sur le taux de CBD des fleurs de chanvre.
Beaucoup de personnes atteintes d’arthrite ont déjà essayé le CBD.
Ces enquêtes décrivent des usages et des ressentis. Elles n’ont pas de groupe de comparaison et ne permettent pas de distinguer l’effet du CBD de l’effet placebo. Or, dans l’arthrose, cet effet est important : une méta-analyse de 198 essais a montré que le placebo améliore nettement la douleur, la raideur et la gêne dans les gestes du quotidien rapportées par les patients, alors que l’absence de traitement ne change presque rien20. L’Arthritis Foundation elle-même souligne qu’aucune étude clinique rigoureuse chez des personnes atteintes d’arthrite n’a confirmé ces bénéfices21. Pour le sommeil, ce que dit la recherche est détaillé dans notre article Le CBD et les troubles du sommeil.
Les crèmes et baumes au CBD vendus en France, comme ceux de notre rayon corps et cosmétiques au CBD, sont des produits cosmétiques. Un cosmétique n’est pas destiné à traiter une maladie des articulations. Selon le code de la santé publique, il est destiné à être appliqué sur les parties superficielles du corps pour les nettoyer, les parfumer, en modifier l’aspect, les protéger, les maintenir en bon état ou corriger les odeurs corporelles22.
Le CBD traverse peu la peau. Selon le comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs (CSSC), des études chez l’humain montrent que le CBD appliqué sur la peau est absorbé de 48 à 160 fois moins que par voie orale. Dans son avis final de 2026, ce comité estime le CBD sûr dans les cosmétiques jusqu’à une concentration de 0,19 %23.
L’essai sur l’arthrose du pouce a utilisé une préparation de recherche, avec une concentration précise de CBD16. Son résultat ne s’applique pas automatiquement à un autre produit.
Le CBD n’est pas anodin. Les données les plus complètes viennent de l’Epidyolex, un médicament à base de CBD pris par voie orale et prescrit dans certaines épilepsies rares. Son résumé des caractéristiques du produit, validé par l’Agence européenne des médicaments, signale notamment24 :
L’essai autrichien sur l’arthrose du genou a lui aussi relevé davantage d’élévations des enzymes du foie sous CBD que sous placebo14. Ces données concernent des prises par voie orale. Appliqué sur la peau, le CBD passe beaucoup moins dans l’organisme23.
Le résumé des caractéristiques de l’Epidyolex ne mentionne ni le méthotrexate, ni les anti-inflammatoires, ni les corticoïdes, souvent prescrits dans l’arthrite et l’arthrose. Il précise en revanche que les données sont insuffisantes pour estimer le risque lorsque le CBD est associé à d’autres médicaments toxiques pour le foie24. L’absence d’interaction connue ne signifie donc pas une absence de risque.
Les personnes atteintes d’arthrite ou d’arthrose prennent souvent plusieurs médicaments. Si c’est votre cas, parlez de votre usage du CBD à votre médecin ou à votre pharmacien. L’Arthritis Foundation insiste sur un point : dans les arthrites inflammatoires, le CBD ne doit pas remplacer les médicaments qui protègent les articulations de lésions définitives21. N’arrêtez et ne modifiez jamais un traitement sans l’avis de votre médecin.
Une articulation très enflammée et douloureuse, surtout avec de la fièvre, peut signaler une arthrite infectieuse, qui demande un traitement en urgence2. Consultez rapidement.
Des douleurs ou des raideurs articulaires qui durent justifient aussi un avis médical. Le traitement dépend de la maladie. Dans la polyarthrite rhumatoïde, un traitement de fond précoce vise à freiner l’évolution de la maladie3. Dans l’arthrose du genou, l’Assurance maladie rappelle qu’aucun traitement ne la guérit, mais que son évolution peut être ralentie. L’activité physique en fait partie, tout comme la kinésithérapie et, si nécessaire, la perte de poids27.
Ce n’est pas démontré. Chez l’humain, les deux essais les plus rigoureux, dans l’arthrose de la main et l’arthrose du genou, n’ont pas trouvé d’effet du CBD sur la douleur par rapport à un placebo. Un seul petit essai, sur 18 patients, suggère un effet d’une crème au CBD sur l’arthrose du pouce.
Il réduit certains signes d’inflammation sur des cellules en laboratoire et chez le rat. Chez l’humain, aucun essai n’a montré à ce jour qu’il réduit l’inflammation d’une arthrite.
Non. Le CBD n’est pas un médicament contre l’arthrite ou l’arthrose. Dans les arthrites inflammatoires comme la polyarthrite rhumatoïde, les traitements de fond protègent les articulations de lésions définitives. N’arrêtez et ne modifiez jamais un traitement sans l’avis de votre médecin.
Oui, c’est possible. Le CBD peut modifier la concentration de certains médicaments et augmenter les enzymes du foie. Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien, surtout si vous prenez un traitement au long cours.
Non. L’arthrose est une maladie chronique de toute l’articulation, marquée par la destruction du cartilage. L’arthrite désigne une inflammation de l’articulation, due à une infection ou à une maladie auto-immune comme la polyarthrite rhumatoïde.